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Thursday, 14 April 2011

Fragments et corrélats

Voici le texte pour la première partie de la dernière séance du cours sur l'ontologie du fragment. (La deuxième partie de la dernière séance était sur Malabou et la plasticité). J'ai aussi remarqué, pendant le cours, qu'il y a une différence a remarquer entre corrélat opposé à absolu et corrélat opposé à indépendent (de nous). J'ai discuté ça un peu avec Meillassoux il y a quelques jours. Je veux reporter ce dialogue très intéressant ici dans le blog plus tard. Voici le texte du cours:


Jusqu'ici nous avons considérés des éléments pour une ontologie du fragment où il n'y a pas une position prête, archaï-que des choses mais il y a un espace (prêt) pour la composition. Chaque fragment existe aussi comme compositeur et n'est que de composition lui même. Les fragments, conforment à une métaphysique de la prédation, existent toujours comme des autres modes d'existence. Les différents modes d'existence ne sont pas la composition et le fragment en eux même – des modes fixes – mais des différents fragments (et compositions) selon différents perspectives. Donc fragments, compositions et compositeurs ne sont pas de modes d'existence mais plutôt des schèmes des modes d'existence. A chaque fragment correspond une perspective et donc une composition. Un monde à plusieurs créateurs.

Le fragment est dans une relation avec sa composition travers une perspective. La composition n'est donc pas existent que travers le compositeur qui ne peut pas être pensé sans sa composition. Il y a ainsi une co-relation entre fragment et composition. Il semble qu'on est au centre de ce que Meillassoux appelle le réquisit ontologique des modernes: être, c'est être un corrélat. Rien, ni fragment, ni composition, ni compositeur, subsiste hors d'une corrélation. L'ontologie du fragment prend chaque fragment comme un sujet transcendental qui instaure des compositions à son autour. C'est justement le corrélationisme que Meillassoux nous propose de dépasser: accéder a ce qui subsiste sans être donné (a rien).

Meillassoux présente une analyse du corrélationisme et une stratégie pour le dépasser sans l'ignorer. Il faut, d'abord, selon lui, comprendre la force et la largesse du corrélationisme. L'enjeu débutait avec la critique de Kant à tout prétention de saisir l'absolu puisqu'on ne peut pas sortir de ce qui est saisible pour nous. Les nécessités postulés par la métaphysique ne sont que de nécessités pour nous – conforme à la leçon qu'il avait apprise de Hume. Or, il ne nous reste que saisir des corrélation entre nous et le monde. On ne peut pas parler du monde dans son ancestralité (c'est-à-dire, sans nous). Et on ne peut pas parler de nous sans parler du monde qui on est obligé (par une nécessité tout à nous) de nous entourer. Voici donc le double enjeu: la force du corrélationisme nous empêche de saisir nous sans le monde et de saisir le monde sans nous. Les deux partenaires de la corrélation ne peuvent être considérés que comme un ensemble.

Meillassoux pense qu'on doit essayer de sortir de l'impasse corrélationiste. Il ne faut pas revenir à un réalisme naïf qui ne prends pas en considération les difficultés de saisir l'absolu hors de la corrélation. Donc il faut qu'on sorte du corrélationisme sans lui ignorer et en considérant sa puissance. La puissance du corrélationisme se trouve en ses deux thèses principaux: le primat du corrélat et la facticité du corrélat (37, 51). La première nous dit que tout ce que rien peut être pensé que ne puisse toujours-déjà donné-à. La pensée ne peut pas se dépasser de la corrélation. La deuxième thèse, par contre, dit que le corrélat est factuel. C'est-à-dire, il n'est pas un absolu mais plutôt une contingence; il n'y a rien de nécessaire dans le corrélat. Il est présent mais pas a cause d'une nécessité, ou un principe de raison, mais comme un fait contingent. Donc le message double du corrélationisme est qu'il y a le corrélat dont on peut pas échapper et que ce corrélat est contingent, factuel, pas appuyé sur aucune nécessité. Meillassoux veux dépasser l'impasse corrélationiste toute en acceptant ces deux thèses. Il ne s'agît pas de montrer que le corrélationisme était trompé (que au moins une de ses deux thèses est fausse), mais de montrer qu'on peut saisir l'ancestralité – ou quelque chose d'absolu – sans refuser les thèses corrélationistes. Il cherche donc une sorte de post-corrélationisme.

Une réponse au corrélationisme est celle qu'il appelle de la métaphysique de la subjectivité. L'idée c'est de trouver un absolu dans le corrélat lui même. Il n'y a que de relations, il n'y a que de rapports entre deux ou plus choses, il n'y a pas un absolu indépendant de toutes corrélations. Rien n'existe en soi même. Le primat de l'inséparé devient la base d'une système métaphysique ou l'en-soi disparaît et être, c'est être un corrélat. Le corrélationisme devient une métaphysique (centrée dans la subjectivité). Meillassoux trouve cette réponse métaphysique subjective chez Hegel lorsque l'Esprit est toujours une médiation et Hegel ne s'arrête pas avant abolir l'en-soi. Le corrélat, sous la forme de la médiation, est un absolu et ne connait pas d'autre. Si on ne peut pas échapper de la corrélation, c'est peut-être parce qu'elle est l'absolu, la constitution ultime des choses.

Meillassoux trouve des variétés de métaphysique subjective aussi dans des systèmes nettement différent de celle de Hegel. Il la trouve chez Schopenhauer, chez Nietzsche, chez Bergson et chez Deleuze. En tout ces cases, le corrélat est la seule réalité. Certes, il n'y a plus d'Esprit absolu chez Nietzsche ni de médiations qui ne peut pas trouver d'autre chez Deleuze. Pourtant, selon Meillassoux, il y a toujours l'idée d'un corrélat qui est partout, qui on ne peut pas dépasser par une sorte de nécessité (ou au moins d'une universalité connue). Il y a peut-être plusieurs corrélats, pas seulement nous et le monde, mais aussi les autres être vivants ou les différents puissances etc. Il n'y a pas d'espace pour l'absolu hors du corrélat; les différents métaphysiques subjectives postulent des différents formes de corrélat, mais c'est toujours cela et rien que cela. Meillassoux pense que le problème des métaphysiques subjectives est qu'elles ne se tiennent pas à la deuxième thèse du corrélationisme: la facticité de la corrélation. C'est-à-dire, elles considèrent le corrélat comme absolu, comme un ingrédient indispensable du monde, comme un élément nécessaire. Peut-être on pourra dire, pas forcement avec Meillassoux, qu'elles manquent l'humilité de Kant et du corrélationisme lorsqu'elle dépassent les limites de la contingence: nous sommes confinés dans un corrélat mais cela c'est plutôt notre condition qu'un élément nécessaire du monde. Le corrélat, pour le corrélationisme mais pas pour le métaphysicien subjective, est pas plus qu'un fait.

Meillassoux, par contre, suggère de trouver un élément d'absolu (mais pas des choses absolues, comme le Dieu de Descartes) dans la généralisation pas de la corrélation mais plutôt de la facticité. La contingence du corrélat dont nous sommes prisonniers, nous révèle la facticité de toutes choses. C'est la contingence – ou mieux, la facticité, l'indétermination si elles sont ou non contingents – qui est général, pas la corrélation. Or il trouve dans le corrélationisme la sèment d'un réalisme (ou, comme il préfère, d'un matérialisme) spéculatif ou le principe spéculatif est la nécessité de la facticité, qui suit de la deuxième thèse du corrélatonisme. Donc ce qu'on peut trouver d'absolu est une caractéristique du corrélat. Je voudrais dire, en passant, que peut-être le matérialisme spéculatif de Meillassoux n'est pas aussi lui même fier à l'humilité kantienne puisque la facticité du corrélat est postulé comme quelque chose hors du corrélat lui même. Le corrélat n'est qu'un exemple de facticité, d'une facticité que Meillassoux trouve partout. Or, pour Kant, le corrélat n'est plus qu'une condition ou on se trouve, pas un exemple de quelque chose plus générale.

On peut maintenant considérer cette possible critique de l'ontologie du fragment: elle aussi ne peut être rien qu'une métaphysique de la subjectivité. Les fragments (et leur compositions) sont toujours une partie d'une corrélation puisqu'il n'y a pas d'existence qui n'a pas été instauré. Chaque fragment a été composé. La vie d'un fragment est toujours dans une (ou plusieurs) compositions. Il n'y a pas de fragments per se, en-soi, séparés, détachés, et donc hors d'une certaine corrélation. Si la métaphysique corrélationisme est celle qui accepte le principe (qu'on pouvait appeler le principe eléate) selon le quel exister est être dans une relation avec ce qui existe, l'ontologie du fragment semble une sorte de métaphysique de la subjectivité. Pourtant, l'ontologie du fragment ne considère ni les fragments ni les compositeurs comme nécessaires, mais elle considère que la composition elle-même est strictement lié à l'ontologie – être est être composé. Et voici ou nous sommes: l'ontologie du fragment à l'épreuve de l'accusation de corrélationisme généralisé.

On peut, cependant, comparer l'ontologie du fragment avec deux de ses rivaux consideré chez Meillassoux: le corrélationisme pur et dur et la généralisation de la facticité que Meillassoux veut recommander. On peut commencer avec un dialogue imaginé entre Kant, Whitehead et Meillassoux. Whitehead commencerait par lire la première Critique et à la fin il ajouterait: cela est très bon, mais on peut aussi trouver des autres sujets transcendentaux, dans les montagnes et les lacs. Je ne sais pas pourquoi l'humain est plus différent du lac que ceci est de la montagne. Kant donc répondrait: peut-être, mais que peut-on savoir si on ne peut pas sortir des limites de notre corrélat? Je ne sais pas s'il y a des autres sujets transcendentaux, je me limite a considérer ce que je peux, dans les limites de mon expérience et de ce qui fait qu'elle soit possible. Meillassoux donc interviendrait: Oui, on ne peut pas oublier la facticité de ce corrélat, c'est peut-être cela que je peux généraliser et considérer un principe de la facticité comme absolu. Donc Kant: Si la facticité est absolu, elle devient quelque chose en dehors de ma corrélation. Je ne peux pas sortir de celle ci, de notre capacité de faire des jugement empiriques. Et puis Whitehead: mais pourquoi vous considérez qu'il y a une corrélation fixe, déterminé, achevé et privilégié? Pourquoi ce privilège de l'expérience humaine qui la considère surtout univoque?

Je pense qu'on peut commencer a voir les avantages (sans oublier les problèmes) de l'ontologie du fragment contre les alternatives. Artaud a dit dans l'Heliogabalus ce qu'il considérait de moins païen chez les humanistes. Les païens faisaient toujours un effort pour ne pas penser comme des humains. L'humaniste, par contre, se conforme à l'humanité, et dit que les concepts de la pensée humaine nous soumettent. Par contre, nous nous conformons aux slogans de Brandom, "Concepts have a grip on us" et "We have met the norms and they are us". Il y un conformisme général avec notre humanité inévitable. Donc il n'y a pas des autres alliances, je pense toujours comme les autres, je ne peux pas échapper de cela travers mon amitié avec les rats, mon devenir chien ou mon contact avec les lacs et les montagnes. Surtout, il n'a pas de métaphysique de la prédation: le sujet est toujours un sujet comme le seul sujet transcendental. Si on pense ainsi, l'humilité de Kant commence à sembler insuffisante, il y a une pensée et un sujet – un corrélat – qui est archaï-que. Si on essaye d'abandonner les corrélats fixes, on pars dans le chemin de l'ontologie du fragment. La généralisation du corrélat n'est pas une manque d'humilité. C'est peut-être ajouter à la métaphysique de nous, une métaphysique de la prédation. Il faut ajouter qu'il n'y a aucune corrélation nécessaire ou première et privilégié (comme chez Kant) mais des corrélation qui apparaît par tout. On est toujours placé dans une corrélation, mais c'est la facticité qui nous place.

Meillassoux peut pourtant dire, oui, mais pourquoi avons nous besoin des corrélations du tout? N'est pas la facticité elle même qui révèle quelque chose d'absolu? Peut-être ici on a deux généralisations spéculatives, ou deux humilités: celle de la contingence du corrélat et la nécessité de la facticité et celle de la métaphysique de la prédation et ces perspectives factuelles. Est-ce qu'il suffit de choisir?

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